Unheimlich von Roma ou l'inquiétante étrangeté de Rome.
Les lieux sont vivants, ce sont des personnages.
Avez-vous déjà vécu cette sensation de n'être, l'espace d'un instant, pas complètement là ? Un pied dedans et un pied dehors, sur le seuil d'une déchirure du réel.
C'est un peu comme si, l'espace d'une seconde, apparaissait dans votre vision périphérique un mouvement de cils.
Une farandole d'ombres éphémères que vous ne sauriez pas vraiment définir.
On peut aussi évoquer ce sentiment bien connu de déjà-vu, revivre brusquement une scène de quelques secondes en se contemplant de l'extérieur.
Freud nous raconte ces moments spécifiques dans le livre L'inquiétante étrangeté, et cette sensation particulière a même un nom en allemand. Elle se traduit par le mot Unheimlich, dont la signification est longuement dissertée dans le livre.
Heimlich se traduit par ce qui est familier, connu et parfois faisant partie de l'intimité.
Le mot Unheimlich peut donc se traduire par "étrangeté", mais avec des nuances d'angoisse. Il en donne une description qu'il tient du psychiatre Ernst Jentsch.
« L'un des procédés les plus sûrs pour évoquer facilement l'inquiétante étrangeté est de laisser le lecteur douter de ce qu'une certaine personne qu'on lui présente soit un être vivant ou bien un automate. Ceci doit être fait de manière à ce que cette incertitude ne devienne pas le point central de l'attention, car il ne faut pas que le lecteur soit amené à examiner et vérifier tout de suite la chose, ce qui, avons-nous dit, dissiperait aisément son état émotif spécial. »
Il donne aussi comme autre exemple, entre autres, lorsque, au beau milieu de la nuit, pour une raison quelconque, vous vous levez sans allumer la lumière. Rappelez-vous, vos doigts sont sur l'interrupteur et vous regardez ces jeux d'ombres et de clairs-obscurs au fond de la pièce. Vous êtes debout, mais vous n'arrivez pas à vous rappeler où vous êtes, ni dans quel sens envisager votre environnement. Vous distinguez quelque chose de flou, une présence ou bien des silhouettes qui semblent se dessiner... Une courte pression de la main et déjà, tout a disparu...
Cette série est comme un écho résiduel ; c'est la fraction de seconde où la réalité se dédouble pour finalement être corrigée. C'est une redondance dans un système informatique. Entre noirs profonds et dessins de couleurs, il est bon, parfois, de se laisser couler sous la surface de l'eau pour pouvoir voir apparaître les rives de l'Atlantide.